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L’info des sociétaires. Les raisons de la recapitalisation de Suravenir

Le journal Les Echos révèle ce jour que le Crédit Mutuel Arkea a dû recapitaliser sa filiale d’assurance Suravenir à hauteur de 540 millions d’euros afin de satisfaire aux exigences des ratios règlementaires. Cette opération intervient alors qu’en 2017, Suravenir avait, à l’inverse, distribué 550 millions d’euros de dividendes au Crédit Mutuel Arkea. La proximité de ces deux opérations interroge sur la politique de gestion des risques conduite par les dirigeants.

Comment en est-on arrivé là ?

Pour comprendre comment on en arrive là, il faut se pencher sur la gestion des fonds d’assurance-vie en euros qui donnent à leurs souscripteurs une garantie tant en liquidité (capacité de pouvoir retirer ses fonds quand on le souhaite) qu’en capital (pas de risque de perte). Ces garanties sont assurées par les capitaux propres de la compagnie d’assurance.

Afin de s’assurer de l’adéquation entre les capitaux propres et les risques pris par la compagnie sur les investissements qu’elle réalise, la règlementation impose aux assureurs de réaliser des scénarios de stress financiers destinés à estimer les pertes potentielles qu’ils pourraient subir en cas de crise économique. Celles-ci doivent être couvertes par des capitaux propres (capital ou réserves). C’est le rapport entre ces capitaux propres et les pertes potentielles qui constitue le ratio règlementaire.

Ainsi, en 2017, les pertes potentielles de Suravenir étaient largement couvertes par ses capitaux propres et elle pouvait donc les réduire en distribuant 550 millions d’euros. Mais en 2019, sous l’effet conjugué de sa politique de croissance, amenant mécaniquement à une augmentation de ses risques, et d’un contexte économique de taux historiquement bas, son profil de risque s’est considérablement dégradé.

Une stratégie contraire à l’intérêt des assurés

Suravenir a désormais des ratios réglementaires insuffisants qui ont nécessité l’augmentation de capital de 540 millions. Ce résultat est le reflet de la stratégie de la direction d’Arkea qui, pour légitimer son projet d’indépendance, a besoin de faire croître de façon soutenue la taille du bilan de son groupe et plus particulièrement celui de sa compagnie d’assurance qui en demeure la vache à lait. Cette croissance à marche forcée, qui consiste à collecter de plus en plus de capitaux, les oblige à investir de manière importante dans un contexte de taux très défavorable. Cette politique est contraire à l’intérêt des assurés qui voient le rendement de leur placement se dégrader de manière sensible, les nouveaux investissements se réalisant sur des niveaux de taux très bas voire même négatifs.

Quels seront les rendements servis aux assurés au titre de l’année 2019 ?

De quelles réserves (Provision pour participation aux excédents) dispose Suravenir pour préserver un rendement positif dans les années à venir ? L’aventure du projet d’indépendance conduit par les dirigeants d’Arkea suppose une croissance à tout prix. L’histoire montre que toutes les institutions financières (banques ou assurances)* qui ont suivi de telles stratégies ont été confrontées à de graves situation de crises mettant en péril leur survie. La nécessité de recapitaliser Suravenir constitue, aujourd’hui, un premier signal pour le groupe Arkea. Aussi plus que jamais « Restons mutualistes ».

*Crédit Lyonnais, Royal Bank of Scotland, AIG premier assureur mondial