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« Nous sommes une banque mutualiste et voulons le rester ! » Jean-Paul Martin, Président de la Caisse du Crédit Mutuel Enseignant d’Ille-et-Vilaine

Vous êtes Président de la Caisse du Crédit Mutuel Enseignant d’Ille-et-Vilaine. Quelles sont les raisons qui vous ont amené à ne pas soutenir le projet de sécession d’ARKEA  de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel ?

Tout d’abord une précision. Ce sont les 9 membres de la Caisse Rennes Enseignant qui à l’unanimité ont voté contre cette orientation, cette perspective de scission.

Une raison essentielle : nous sommes une banque mutualiste et voulons le rester ! Et ce ne sera plus le cas avec le projet proposé par ARKEA.

Nous sommes élus, représentons des sociétaires. Ils n’ont pas été informés de ce projet.

Ce projet de banque exclusivement bretonne n’est à terme pas viable sous la forme mutualiste, selon sa dimension trop réduite qui amènera notamment des fermetures de Caisses locales. Nous ne pourrons plus proposer à nos sociétaires certains produits et services pérennes seulement dans un contexte national.

 

Est-ce que le développement du Crédit Mutuel de Bretagne-Arkéa a-t-il été bloqué par son appartenance à la Confédération ?

Les statuts de la Confédération Nationale oblige au respect de l’autonomie et notamment dans le cadre du développement (achat, vente, création de filiales.) Une seule restriction existe lorsque l’achat d’une société dépasse 400 millions d’euros ! Cela laisse de la marge et cela ne s’est jamais produit !

Une illustration à mes propos : Le Crédit Mutuel Arkéa, au cours de l’année 2018, a réalisé un bénéfice de 437 millions d’euros (+2,1% par rapport à 2017). Il a gagné 275 000 nouveaux clients (+6,5%). Ces beaux résultats, selon nous, sont bien au contraire liés à l’appartenance à une entité nationale. Que seraient-ils dans le contexte futur d’une banque isolée au nombre de clients très réduit ?

 

Quelle est l’utilité pour la Bretagne de rester membre de la Confédération du Crédit Mutuel ?

Tout d’abord, Arkéa profite de la force et de la puissance des plus de 30 millions de clients du Crédit Mutuel national (4,5 millions pour ARKEA) dans le domaine du refinancement.

Quel sera le taux de refinancement proposé sur les marchés financiers à Arkéa, toute petite banque régionale lorsque l’indépendance aura été actée ? Il sera bien sûr plus élevé et cette augmentation sera répercutée sur les clients-sociétaires.

Enfin, la solidarité entre les Fédérations du Crédit Mutuel serait en cas de crise financière primordiale pour garantir les services et l’épargne des sociétaires et clients. Certains économistes pensent aujourd’hui que les marchés financiers ne sont pas à l’abri d’une nouvelle crise financière qui pourrait être bien plus grave que celle de 2008. Alors dans ce monde incertain, pour mieux protéger nos sociétaires et clients, restons unis !

 

Pourquoi c’est important de rester une banque mutualiste ?

Une banque mutualiste avec ses caisses locales telle que nous la connaissons aujourd’hui est avant tout un établissement bancaire différent.

Chaque caisse locale est un établissement bancaire autonome et non pas une agence dépendant d’un établissement central. Les sociétaires au travers de leurs votes et des élus qui gèrent la caisse participent aux grandes décisions.

Exemple : ils devront être consultés pour rejeter ou approuver ce projet de scission.

Plus important peut-être, il n’y a pas d’actionnaires qui gèrent l’établissement en regardant avant tout les dividendes qu’ils auront à se redistribuer. Le Crédit Mutuel n’est pas côté en Bourse, ce qui peut éviter bien des surprises en cas de crise. Et surtout les salariés ne touchent pas de commissions en fonction des produits et services qu’ils vous conseillent et/ou qu’ils vous vendent. Ce n’est pas le cas dans les banques non mutualistes.

Cela est essentiel car ainsi, ils nous conseillent sans forcer l’achat de produits et services.

C’est pour cela que nous voulons conserver le Crédit Mutuel de Bretagne au sein de la Confédération du Crédit Mutuel.