Partager sur
Le Télégramme11/07/2018Frédérique Le Gall

Arkéa. La charge de Marylise Lebranchu

Le projet d’indépendance d’Arkéa du Crédit mutuel ne laisse pas indifférente Marylise Lebranchu. L’ex-parlementaire et l’ex-ministre s’invite dans le conflit et annonce qu’elle crée une association pour défendre le mutualisme.

Qu’est-ce qui vous amène à vous exprimer sur le dossier Arkéa ?

Tout d’abord parce que je suis sociétaire du Crédit mutuel de Bretagne depuis que j’ai perçu mon premier salaire. Et aujourd’hui, je ne comprends toujours pas les raisons qui poussent Arkéa à quitter le giron de la Confédération nationale du Crédit mutuel. Quel est le projet ? Pourquoi l’indépendance par rapport à l’autonomie qu’on a déjà ? Quel est le fait générateur de cette scission ? Je n’ai jamais pas eu de réponses précises à mes interrogations. Quand j’étais encore parlementaire, j’ai rencontré des salariés inquiets qui n’avaient pas plus d’éléments que moi.

Et je dois dire aussi que je me suis sentie agressée par ces publicités qui fleurissaient il y a encore quelques mois. Quand j’ouvrais mes comptes sur ma tablette, j’étais surprise par ces photos de gens qui voulaient être libres et indépendants. La Confédération a-t-elle empêché une seule fois Arkéa de créer une filiale ? De même l’idée qu’on va supprimer des emplois n’a pas de sens. Les ressources humaines sont de la responsabilité d’Arkéa. La Confédération est un filet de protection et joue un rôle de négociation auprès des régulateurs bancaires. Elle a fait des erreurs dans le passé mais elles les a corrigées par les nouveaux statuts.

Vous avez décidé de créer une association « Restons mutualiste ». Pourquoi ?

J’ai proposé de prendre la présidence d’une association qui ne dit qu’une seule chose « restons mutualistes ». Si Arkéa n’est plus mutualiste, je pars. Je suis entrée au Crédit mutuel car j’avais confiance en ce réseau. Arkéa est né du mouvement mutualiste. Si Arkéa Bretagne-Aquitaine s’est développé, c’est parce qu’il s’est s’appuyé sur un réseau qui a une histoire. On n’a pas le droit de cracher sur son histoire. Le mutualisme, c’est un état d’esprit. Ce sont les sociétaires qui sont propriétaires de leurs caisses, lesquelles sont propriétaires de leur fédération et les fédérations forment une Confédération. Il n’y a pas de dividendes de versés et surtout il y a une solidarité. Ce n’est pas un hasard si le Crédit mutuel a mieux résisté que les autres banques lors de la crise de 2008.

Pourquoi craignez-vous cette scission ?

Je ne vois pas en quoi elle va apporter un progrès. C’est une guerre sans motif. J’aimerais bien que le débat soit apaisé. Car s’il y a scission le Crédit mutuel en tant que tel va devenir le concurrent d’Arkéa-Bretagne-Aquitaine. Il va donc y avoir un autre réseau. Mieux vaut s’attacher au développement de la Bretagne plutôt que de perdre du temps et de l’argent à gérer une scission et sa part de risques en se privant en plus de l’avantage du mutualisme.