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Charente Libre16/10/2018Lénaëlle SIMON

Crédit Mutuel: le débat se tend autour de Lebranchu

Marylise Lebranchu, ancienne ministre, était à Angoulême hier pour plaider contre la scission d’Arkéa et du Crédit Mutuel. Un débat animé.

 

Des invectives, des échanges musclés et même quelques attaques personnelles. Le débat, promis par Marylise Lebranchu, venue du nord-Finistère plaider hier à Angoulême contre le départ d’Arkéa et donc du Crédit Mutuel du Sud-Ouest (CMSO) de la Confédération nationale, a bien eu lieu mais il a pris des allures de dialogue de sourds. «J’ai fait huit heures de route, ça prouve l’intérêt que j’attache à être ici», assure pourtant l’ancienne députée et ministre, à la tête de l’association «Restons mutualistes ». En janvier dernier, le groupe Arkéa, qui regroupe le CMSO, le Crédit Mutuel de Bretagne et celui du Massif central, a annoncé sa volonté de quitter la confédération nationale pour garantir son développement et son autonomie.

Depuis, la scission, ravivant de vieilles querelles, a tourné au divorce. En Charente, quinze des vingt caisses se sont prononcées pour le projet lors d’un vote d’orientation des administrateurs, comme 94,5% de l’ensemble des caisses, vantait le groupe en avril dernier. Des votes remis en cause hier, «faits sans débat préalable, souvent à main levée ou même refaits lorsque le premier n’était pas concluant», pointe une des rares salarié(e)s présent(e)s. Dans la salle, des administrateurs, des sociétaires en mal d’informations et des partisans de la scission moins nombreux que leurs opposants mais déterminés à se faire entendre. «J’ai l’impression que vous êtes une marionnette de la Confédération», attaque Sophie Violleau, administratrice fédérale du CMSO, partisane de la création d’une nouvelle banque indépendante. «Je peux vous dire la même chose, vous êtes peut-être une marionnette d’Arkéa, renvoie l’intéressée. Je ne suis pas sous tutelle

Des salariés victimes de pressions?

 

Elle déroule ses arguments, rassure sur la force de la marque Crédit mutuel, sur l’autonomie des fédérations. «Elles décident de leur stratégie en termes d’emploi, de filiales. La seule chose qui manque pour l’indépendance, c’est que pour engager une opération de l’équivalent de deux ans de résultats soit 800 M€, il faut demander l’autorisation de la confédération. Mais des opérations comme ça je n’en connais pas beaucoup.» Un système qui selon elle est gage de solvabilité. «L’indépendance est une sécurité en moins. Je comprends qu’on veuille avoir son entreprise mais une banque est assise sur les apports de ses sociétaires. Pourquoi chercher le risque quand on a l’assurance de la stabilité?» Elle ajoute: «s’il y a scission, le Crédit Mutuel se réinstallera, on va créer une concurrence. » Enfin, «il n’y aura plus de caisses locales mais des agences bancaires, les administrateurs n’auront plus de droit de regard et une part des réserves des caisses remontera à la confédération

«Vous pensez dans une vision jacobine qu’il faut toujours être plus gros, conteste Cédric Meyer, directeur de caisse à Angoulême et pro scission. Une marque peut se créer en six mois comme elle peut se défaire en un mois», assure-t-il. «Et si ça ne marche pas? interroge une employée de la même agence. Je vais me retrouver sur le carreau à 52 ans. Tous ces millions gaspillés vont léser les sociétaires et les salariés. Réfléchissez bien avant de voter la prochaine fois», lance-t-elle aux administrateurs, avant d’évoquer des salariés «qui ont peur».

Le projet de scission aurait rendu délétères les conditions de travail. Des salariés auraient été forcés à défiler à Paris pour l’indépendance en mai. «Certains m’ont dit qu’ils y étaient allés par crainte, sinon on leur demandait de prendre un jour de congé», témoigne un salarié. Marylise Lebranchu mentionne des cadres dirigeants qui lui ont dit «‘je n’ai pas eu le choix, c’était ça ou ma carrière’». Elle raconte «récupérer des salariés qui ne sont pas dans un bon état à Brest», et d’autres qui ont demandé via des lettres anonymes à la voir en cachette. «On n’a pas le droit de faire la guerre avec l’argent des autres.» La VRP du maintien de l’union poursuit sa tournée à Bordeaux aujourd’hui.