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Le Figaro11/07/2018Danièle Guinot

Des Bretons se mobilisent contre le projet de scission du Crédit Mutuel Arkéa

L’ancienne ministre Marylise Lebranchu vient de créer une association défendant le maintien de l’entité au sein du Crédit mutuel.

Nouvel épisode dans la guerre qui oppose depuis de nombreuses années le Crédit Mutuel Arkéa à la structure de tête du groupe bancaire mutualiste. Pour la première fois, des voix s’élèvent publiquement en Bretagne contre son projet d’indépendance. Marylise Lebranchu, ancienne ministre de la Fonction publique de François Hollande, vient de créer une association soutenant le maintien de cette entité dans le giron du groupe bancaire mutualiste Crédit Mutuel.

Baptisée «Restons mutualistes», celle-ci regroupe des sociétaires de la banque mutualiste, à l’instar de l’ancienne élue du Finistère, mais aussi des salariés, des membres des fédérations et toute autre personne opposée à cette scission. De fait, le Crédit Mutuel Arkéa, qui regroupe les fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest du Crédit Mutuel, a lancé en début d’année une procédure de divorce avec la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM), la structure de tête centrale du Crédit mutuel.

La fédération du Massif central, jusqu’ici rattachée à Arkéa, est en train de rejoindre la principale Caisse fédérale du Crédit Mutuel, CM11-CIC, qui regroupe 11 des 18 fédérations du groupe mutualiste. Le projet de nouvelle banque qu’Arkéa a adressé à la Banque centrale européenne (BCE) et à l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), les superviseurs bancaires, prévoit la création d’un nouvel établissement, qui ne sera plus mutualiste. Et dont les activités bancaires seraient davantage centralisées qu’aujourd’hui.

Ce qui inquiète Marylise Lebranchu, qui a pris sa retraite du monde politique il y a un an. «L’idée de créer une association est née de mon envie de m’engager contre le projet de scission d’Arkéa et de ma rencontre avec les fédérations, qui avaient le sentiment qu’il fallait créer un support pour fédérer les bonnes volontés», explique l’ancienne garde des Sceaux.

«Filet de sécurité»

Avant de créer l’association «Restons mutualistes», cette dernière dit avoir cherché à comprendre les motivations des dirigeants d’Arkéa et à connaître leurs objectifs et les risques qui seraient pris par la banque avec ce projet «très lourd». Pour cela, elle a écrit à son conseiller bancaire en mars 2017, puis s’est exprimée publiquement sur le réseau social Twitter, où elle a échangé avec des salariés et des sociétaires du Crédit mutuel. Elle a aussi joint la Confédération. «Je n’ai pas reçu de réponse à mes questions en Bretagne, regrette l’ancienne élue. Mais, je me suis rendu compte que la menace sur l’emploi brandie par Arkéa ne repose sur rien. De plus, la banque jouit d’une très forte autonomie. À vrai dire, elle est déjà indépendante dans son action et sa stratégie», avance-t-elle. «Le mot indépendance est aujourd’hui utilisé à mauvais escient.» Pour justifier sa volonté sécessionniste, Arkéa, dirigée par Jean-Pierre Denis, accuse la Confédération de vouloir porter atteinte à son autonomie.

Or, pour Marylise Lebranchu, une banque Arkéa indépendante serait plus risquée pour ses clients. «Je suis incapable de voir quels seraient les avantages liés à une totale indépendance, mais, en revanche, l’inconvénient majeur serait de ne plus bénéficier du filet de sécurité procuré par le mutualisme», fait-elle valoir. «Il faut être dans la réalité, quel serait le gain pour la Bretagne et l’Aquitaine? Il ne s’agit pas d’un projet identitaire, mais une question de dirigeants», estime-t-elle. La preuve? «On n’a jamais entendu un sociétaire dire je veux avoir une banque identitaire ou indépendante.»

Pour cette dernière, qui clôturera ses comptes au Crédit Mutuel de Bretagne si la banque n’est plus mutualiste, «il faut casser ce projet qui n’est pas juste et n’a pas de sens». Elle plaide pour un retour à une certaine forme de sérénité. «J’ai envie que l’on puisse s’expliquer chaleureusement, mais en se disant tout.» Cette prise de position n’intervient-elle pas trop tard? «Reculer, ce n’est pas perdre», assure Marylise Lebranchu.