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Le Figaro18/10/2018Danièle Guinot

La direction d’Arkéa perd une manche dans sa guerre pour l’indépendance

Lefigaro premium Entreprises | Par Danièle Guinot Publié le 18/10/2018 à 17h49

Les représentants du personnel se sont prononcés jeudi contre le projet de divorce avec le Crédit mutuel.

Il s’agit d’un petit camouflet pour les dirigeants du Crédit mutuel Arkéa, qui ferraillent depuis plusieurs années pour que la banque s’affranchisse de la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM). Jeudi, lors d’un comité central d’entreprise (CCE), les représentants du personnel d’Arkéa qui regroupe les fédérations de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif central, ont émis un avis défavorable sur le projet de divorce conflictuel avec la CNCM, structure de tête centrale du Crédit mutuel.

Il ne s’agit que d’un avis consultatif, mais il traduit l’inquiétude d’une partie des salariés d’Arkéa face à ce projet qui prévoit que la nouvelle banque ne sera plus mutualiste. «Le projet porté par les dirigeants demeure dans un flou juridique et ne lève aucune incertitude sur le devenir économique et social du groupe», écrivent les élus de l’intersyndicale (CFDT, SNB UNSA), dans un communiqué.

Négociations au point mort

L’emploi est au coeur des préoccupations. «À ce jour aucune étude n’a été menée concernant l’impact pour les salariés du groupe sur la perte de la marque (Crédit mutuel, NDLR) ou d’une implantation de nouvelles fédérations du Crédit mutuel sur les territoires aujourd’hui dévolus à Crédit Mutuel Arkéa», regrettent-ils. De fait, selon une enquête menée en septembre par le cabinet de conseil Syndex, un salarié d’Arkéa sur trois considère que la sécurité de l’emploi serait menacée par le projet de scission et sept sur dix estiment qu’il comporte des risques et pourrait fragiliser la banque.

La direction d’Arkéa a «pris acte» jeudi de l’avis défavorable des représentants du personnel. «Cette phase de consultation étant désormais achevée, le groupe va poursuivre la mise en oeuvre opérationnelle du projet», a-t-elle indiqué. Cependant, le schéma de nouvelle banque, transmis avant l’été à la Banque centrale européenne (BCE) et à l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), les superviseurs bancaires, est loin d’être finalisé.

Les autorités exigent toujours de nombreuses précisions et des compléments d’informations. «Nous relevons une extrême prudence des superviseurs, souligne l’intersyndicale d’Arkéa. De plus, les relations avec la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM) sont au point mort, alors qu’il s’agit d’un prérequis constant des autorités.» De fait, d’un point de vue juridique, Arkéa ne peut pas quitter le giron de la Confédération unilatéralement. Les deux parties doivent s’accorder sur la possibilité et les modalités d’une séparation, ce qui est loin d’être le cas.

En conséquence, le projet d’indépendance semble prendre du retard, par rapport au calendrier initialement prévu lorsque le processus a été lancé en début d’année. Il paraît ainsi de plus en plus difficile que les caisses locales se prononcent cet automne, sur un schéma de nouvelle banque détaillé et précis, approuvé par les superviseurs bancaires.